23.10.2006
DIGRESSIONS CUBANO CHILIENNES
Mercredi 12 Octobre 2005
Petite fiche technique pour mieux comprendre ce qui va suivre :
1 dollar = 1 peso convertible1 peso convertible = 24 pesos cubains
et, pour simplifier les choses, 1dollar = 1 euro
J’ai bien eu la confirmation par mon collègue espagnol de formation anarchiste Juan José que les salariés cubains gagnent en moyenne entre 300 et 400 pesos cubains par mois, soit moins de 20 dollars (par mois). ... !? Comment font ils ? Mes 2 semaines à Cuba ne me donnent que des embryons de réponse.
Par ailleurs, les transferts d’argent provenant des cubains émigrés ou exilés à l’étranger vers Cuba s’élèvent chaque année à 1 milliard de dollars. L’Etat cubain s’en réjouit car une taxe lui permet de pomper 1% de cette somme (soit 10 Millions de dollars par an, ce qui est bien mais pas top).
En terme de nombre de dollar par personne et par jour, les cubains sont donc en dessous des fatidiques 1 dollar par jour, seuil de pauvreté mondial largement utilisé pour s’apitoyer sur le sort de tel ou tel pays pauvre (En effet, même si les 1 milliards de dollars reçus de l’étranger sont répartis équitablement parmi les 11 millions de cubains, ça fait grosso merdo que 10 dollars de plus par personne et par mois).
Mais, et c’est là que l’économicisme-narrow minded-bête-et-méchant régnant perd pied face au système cubain :
- Au niveau bouffe, les cubains ont un carnet de rationnement familial (la libreta) qui leur donne (gratuitement) le droit à une certaine quantité de certains produits de base (riz, haricots, huile, sel, sucre, oeufs, viande hachée, etc...) en fonction du nombre de personnes composant la famille, leur permettant de se sustenter pendant environ 10 jours. Ces 10 jours de bouffe gratos ne sont pas pris en compte par le ratio nombre de dollars / par jour / par tête de pipe.
Après, effectivement faut ramer pour acheter à bouffer pour le reste du mois sur le marché en pesos cubains, ou les prix sont accessibles pour les cubains ; au marché noir, ou les prix en pesos cubains sont plus ou moins accessibles pour les cubains ; ou alors sur le marché en pesos convertibles carrément prohibitif pour les cubains.
- Autres trucs carrément important pas pris en compte par le fameux ratio : L’éducation et la santé sont gratuits. Ca veut dire quoi ? Faisons une petite comparaison en terme d’accès à la santé entre le cubain et le chilien (du Chili), classé comme les plus riches d’Amérique Latine (avec les costariciens et tout et tout).
Un chilien de base qui veut se faire opérer du trou du cul (enfin je veux dire un vieux avec le cancer du colon) lui n’a pas de sécurité sociale ni d’assurance maladie (car les cotisations coûtaient trop cher) et doit faire appel à sa famille qui n’a pas forcément plus de sous que lui, et qui doit donc se démerder (pardonnez-moi l’expression) pour payer l’opération et l’anus artificiel du vieux croulant. Faut trouver les thunes d’une façon ou d’une autre (on va pas laisser pépé se chier dessus) par exemple en organisant une tombola pour le pauvre vieux, un concert de soutien à la fac où étudient (s’ils ont assez d’argent pour se la payer) les ptits enfants du vieux et une campagne de collecte de dons auprès des potes des petits neveux du vieux, qui luttent déjà pour se payer l’uniforme, les bouquins et le collège privé (le seul qui leur permettra d’entrer au Lycée (privé) assez correct pour espérer entrer à la fac (privée)).
Qui est le plus pauvre ? le cubain bien sûr, mais qui est dans la misère sociale et qui se demande si son trou du cul va tenir jusqu’à ce que ses neveux et leur potes récoltent assez d’argent pour qu’il se paye l’opération ? Le chilien. Hum ? Comment qu’j’fais moi pour savoir qui c’est qui est le plus pauvre dans ce merdier (c’est le cas de le dire) ? Jvous laisse réfléchir.
Il existe une solution : les charters de vieux chiliens incontinents vers les hôpitaux de La Havane. Impossible ? Pas pour Fidel qui fait venir aux frais de l’état cubain des charters entiers de vieux vénézuéliens nécessitant une opération de la cataracte ou devant se faire opérer d’un glaucome (problèmes avec les zyeux). Mais les relations avec le camarade Chavez sont autre chose que celles avec Santiago de Chile. Et vous me direz tout ça c’est du provisoire et vous aurez raison.
- L’accès à la culture (cubaine on est d’accord, les Rolling Stones ne se déplacent pas souvent à La Havane pour 5 pesos) est possible grâce à des tarifs dérisoires (de mon point de vue) et très bon marché pour les cubains : 2 pesos cubains pour le cinéma quand il y a l’air conditionné, sinon c’est 1 pesos quand il n’y en a pas (soit respectivement 1/12ième d’euro ou 1/24ième d’euro) ; 5 pesos cubains pour le théâtre (soit 5/24ième d’euro) et 10 pesos cubains pour le Ballet National (Danse Classique) (soit 10/24ième soit après simplifications 5/12ième d’euro).
Mais bon la culture ça nourrit pas son homme ni ne répare les trous du cul percés.
Qui a dit que la situation cubaine était complexe, unique, paradoxale, difficile à comprendre, très particulière, singulière, différente ? Moi, je le dis. J’ai pas encore compris. Un jour, j’espère, dans moins de 6 mois.
Autre nouvelle de choc (la première c’était concernant les salaires) : les ministres cubains roulent vraiment en Lada. Normal s’ils gagnent 20 dollars par mois, mais eux doivent gagner un ptit chouia plus. J’étais bien calé dans le fond du 4X4 Toyota « PNUD » d’un jeune collègue espagnol (Cristino, la trentaine) ayant monté les échelons au sein du PDHL (Programme de Développement Humain Local, dépendant du PNUD) jusqu’à devenir coordinateur des projets PDHL dans la zone Oriente (Est du pays), quand, nous doublons une Lada version « pot de yaourt » années 70 avec une plaque d’immatriculation blanche. Essayant de comprendre le code des couleurs des plaques d’immatriculation cubaines (qui peuvent être noires, blanches, orange, rouge, jaunes etc...) je lui ai demandé à quoi correspondait le blanc. Verdict. Il s’agit des plaques correspondant au rang ministériel. Tous les ministres cubains roulent en Lada pot de yaourt version seventies. C’est la voiture officielle des ministres. Chapeaux bas.
CONCLUSION DU JOUR : Petit à petit l’oiseau fait son nid.
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I LOVE EL TRANSPORTE URBANO CUBANO
Miercoles 5 de Octubre
Mes dernières aventures havanaises datent d’il y a environ 1h, ou plutôt 15 min, quand il a fallu que je descende de la terrasse ,ou j’étais en train de discuter avec la Senora Marcolfa, la propriétaire de la maison, pour regagner ma chambre sous une averse tropicale avec des gouttes grosses comme des avions. Vu que j’ai été assez rapide je n’ai été qu’à moitié douché. Heureusement avec mon ventilo au maximum, mon marcel, mon short et mes sandales devraient secs juste avant la prochaine averse.
La maison de Marcolfa (ma mienne) est située au sud de la ville dans un quartier appelé « 10 de Octubre » ou « Vibora » à environ 30 min en taxi collectif du centre ville. Une fois dans le taxi, tout va pour le mieux. L’aventure c’est surtout d’en choper un, et dans ce cas la solidarité exemplaire (vraiment) du cubain n’a plus cours. C’est la lutte pour la « grosse amande » (almendron), le nom donné aux vieilles voitures américaines des années 50 qui constitue l’essentiel de la flotte de taxis. Cette fois-ci je suis tombé sur une jeep couverte avec 6 places à l’arrière et 3 devant. Après environ 15 minutes à héler toutes les voitures ressemblant de près ou de loin à un taxi
-Vibora ? -No, Cerro. (je sais pas ou c’est)-Vibora ??
-Cerro.
-Vibora ??? -Marianao. (à dache de chez dache) -Viiiibora ??!!??!?-Cerrrrro.
-VIIIIBORA ???!!???? -No. -VIIIIIIBOOOORAAA ?????????-Vedado. (à l’ouest, rien à voir avec mon quartier, au sud)
-VIIIIIIIBORAAAAAA ?????????-...
légèrement énervé, comme tout bon européen pressé, je suis passé, après avoir essayé la guerre de tranchée, à la guérilla urbaine (j’aurais dû y penser plus tôt à Cuba), en courant le plus rapidement possible vers tout taxi collectif arrêté, ou en train de s’arrêter, en hurlant
- VIIIIIIIBORAAAAAA ?????????!C’est ainsi qu’après plusieurs échecs cuisant j’ai pu faire l’abordage du 4X4 providentiel qui m’a ramené à 2 pâtés de maison de chez moi, rue Vista Alegre, pour 10 pesos cubains seulement, soit 3 francs 6 sous.
CONCLUSION DU JOUR : Les transports à La Havane : c’est la grosse merde.
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RECUERDOS GASTRONOMICOS CUBANOS
Martes 4 de Octubre :
Je viens de manger les pires spaghettis du monde. Les pires que j’ai mangés en 24 ans. A moins qu’entre 0 et 6 ans, âge auquel je ne savais pas apprécier les spaghettis, maman soit venue s’approvisionner en spaghetti dans un « comedor popular (Restaurant populaire) de 10 de Octubre. Bref. Blanches, visqueuses, molles, insipides, sans sel, accompagnées d’un fromage râpé au goût puissant et de morceaux de chorizo constitué principalement de morceaux de saindoux croquants (comment est-ce possible du saindoux croquant ?...). Le tout accompagné d’eau tiède dans un verre jaune douteux. J’ai pas gerbé mais pas loin. En même temps j’aurais pas gerbé pour cher : 7 pesos cubains le repas. J’ai laissé 3 pesos de pourboire. Soit un total de 10 pesos cubains. Environ 40 centimes de dolars, soit la somme astronomique de ... centimes d’euros.
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